« MA » Coop, Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

« MA » Coop

19 octobre 2020

Auteur :

Jérôme Gagné
Conseiller en gestion de projets stratégiques
Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

 

 

 

La récente vente des actifs de Mountain Equipment Co-Op (MEC) à un fonds d’investissement privé, sans consulter ses membres, a envoyé une onde de choc dans toute la population. Nous avons réalisé l’attachement de tous les Canadiens à cette marque et aux valeurs qu’elle préconisait. Malgré le jugement décevant d’une cour de la Colombie-Britannique, nous sommes heureux de constater que les membres-consommateurs se sont retroussés les manches et ont levé des fonds pour tenter de bloquer cette transaction.
Cet épisode m’amène à réfléchir sur ce lien, parfois ténu et parfois très fort, entre les membres et leur coopérative. Lorsqu’une personne dit « ma » coop, un puriste pourrait le corriger en lui mentionnant qu’il n’est pas copropriétaire ou actionnaire de celle-ci, mais membre d’une entreprise collective, ce qui est légalement juste. Toutefois, je veux ici regarder l’autre côté de ce « ma » qui est plus altruiste que possessif. Ma coop ne m’appartient pas, mais quand je parle d’elle au premier degré, c’est signe que j’y adhère et que j’y tiens.
Au fil du temps, des entreprises privées sont parvenues à développer une certaine fidélité à leur marque : Apple, Decathlon, Jean Coutu, etc. Bien que réelle, cette fidélité est toutefois basée sur l’attachement à un produit, à un concept ou encore à un excellent marketing.

L’appartenance à une coop est différente. C’est un attachement lié par des valeurs ! J’ai envie de partager avec vous les valeurs qui m’interpellent ici, à partir des trois lettres du mot MEC.

M pour Mobilisation
Impressionnante mobilisation des membres de MEC dans les heures qui ont suivi l’annonce de la transaction. En bons coopérants, les membres ont lancé des pétitions pour dénoncer la transaction et d’anciens administrateurs ont été très visibles dans les médias pour souligner le non-sens de vendre les actifs de la coop sans avoir consulté les membres. La réaction a été rapide, spontanée et animée d’un refus catégorique d’accepter cette décision.

E pour Engagement
Des membres, au Québec et au Canada, ont mis leur emploi rémunéré sur la glace pour se consacrer à la lutte, organiser un recours légal et surtout une campagne de socio-financement. C’est bien de dénoncer, mais l’une des valeurs centrales du mouvement coopératif est son esprit entrepreneurial. Les coopérateurs sont prêts à investir leur temps et leur argent dans une cause et une entreprise à laquelle ils croient.

C pour Confiance
Enfin, le plus grand outrage dans cette affaire a été le bris de confiance entre les administrateurs et les membres. Ceux qui suivent de près l’historique de MEC vous diront que cette distanciation entre les dirigeants et les membres avait débuté il y a plusieurs années. Comme dans toute relation humaine, la confiance doit être entretenue à chaque jour, dans les plus petits gestes. D’un côté, les administrateurs et les gestionnaires doivent s’efforcer de rester en contact avec la base et, d’un autre côté, les membres doivent demeurer intéressés, vigilants et conscients qu’ils ne sont pas de simples consommateurs des biens et services offerts par la coop.
À l’école secondaire, mon professeur d’économie 101, nous avait mentionné que la différence entre une coopérative et une entreprise privée réside dans le fait qu’au sein d’une coop, tous les membres, peu importe leur investissement, ont un droit de vote égal dans la prise de décision sur l’avenir de la compagnie. Bien que réductrice, cette explication met en relief pourquoi la cette transaction suscite un tel tollé dans la population. La vie démocratique est à la base de ce qu’est l’ADN coopératif. Ne l’oublions jamais !


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