Parle, parle…

6 septembre 2019

Auteur :

Jérôme Gagné
Conseiller en gestion de projets stratégiques
Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

 

 

 

« Tu travailles dans les coop, ça doit être long avant de prendre une décision… »

« Moi je respecte ce que vous faites, mais je n’aurais pas la patience de gérer mon entreprise avec des comités, il faut que ça avance ! »

Parmi les préjugés que l’on me sert le plus souvent lorsque je dis que je travaille dans le milieu coopératif à des néophytes, le mythe de l’inefficacité a la vie dure. Certains de mes « amis » vont même jusqu’à comparer la gouvernance coopérative à celle de grands syndicats ou de partis politiques (dont nous tairons les noms), où l’on semble prendre un malin plaisir à parler et à discuter, encore et encore.

L’équilibre entre l’efficacité et la démocratie est un débat de tout temps qui n’est pas propre au milieu coopératif, mais qui semble nous coller à la peau. Ainsi, il y aurait d’un côté les « vraies » entreprises, où quelques sages (ou pire encore, un gourou) prennent toutes les décisions grâce à leur intuition et leur sens des affaires aiguisé et les coopératives qui seraient une « sorte » d’entreprise un peu spéciale, dirigée par d’anciens hippies qui n’aiment pas le capitalisme et qui aiment trop la démocratie.

Le milieu coopératif n’a pas à rougir de ce préjugé.

Le deuxième principe coopératif (la démocratie) est l’un des traits distinctifs du mouvement. Loin de s’en défendre ou d’en avoir honte, il faut le revendiquer et bien expliquer ce qu’il est (la possibilité de bloquer la vente à des intérêts étrangers) et ce qu’il n’est pas (une discussion interminable sur la couleur de la margarine).

Nombreuses sont les entreprises privées qui gagneraient à prendre le temps d’échanger sur la répartition du pouvoir, la compréhension commune d’un projet ou simplement pour expliquer aux troupes pourquoi il a été décidé d’aller dans une direction plutôt qu’une autre. Combien d’échecs auraient ainsi pu être évités.
Trop ou pas assez de démocratie ?

Inversement, comme avec le verre qui est à la fois à moitié plein et à moitié vide, il s’en trouve qui affirment qu’il n’y a pas assez de démocratie et que certaines entreprises coopératives sont devenues trop grosses pour être à l’écoute de leurs membres. Ça ne serait plus ce que c’était à l’origine, vous connaissez la chanson.

Trop pour les uns, pas assez pour les autres. Et si nous exploitions ce trait distinctif ? Nous sommes à une époque où le consommateur veut être écouté et sentir qu’il a du pouvoir auprès des entreprises chez qui il consomme. Nous avons aussi de nouveaux moyens de communication qui permettent aux membres et clients d’une entreprise de donner leur avis en temps réel. Bien exploité, ce trait peut devenir une valeur ajoutée pour les coopératives. La technologie au service de la démocratie.

Quant au débat qui voudrait qu’il faille choisir entre l’efficacité ou la démocratie, il est aussi futile que de se demander si le corps humain a besoin uniquement d’air ou d’eau pour survivre. Il nous faut les deux !

 


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