150e anniversaire de la confédération canadienne

26 mai 2017

À l’occasion du 150e anniversaire de la confédération canadienne, le Sénat a organisé un symposium afin d’approfondir la réflexion sur l’avenir du pays. Les conférenciers étaient amenés à porter un regard sur divers sujets importants pour notre société : les relations avec les peuples autochtones, l’identité internationale du Canada, l’espace francophone, l’avènement de la Charte des droits et libertés, l’unité nationale, l’égalité hommes-femmes, le développement durable, la science et la culture, l’invention d’une nouvelle économie, ainsi que la participation du Sénat à l’évolution du Canada.

C’est dans le cadre du thème Égalité hommes-femmes : un objectif important et accessible que madame Monique F. Leroux a été invitée à parler à la Chambre haute. Ce sujet qui lui tient à cœur l’a amené naturellement à parler de leadership inclusif. Elle s’intéresse plus particulièrement aux progrès que nous avons faits, au chemin qu’il nous reste à franchir et à l’influence que nous avons dans le monde.

Notes pour une allocution

Mme Monique F. Leroux

Présidente de l’Alliance coopérative internationale et présidente du conseil d’administration d’Investissement Québec

À l’occasion du Symposium du Sénat dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération canadienne

Sénat du Canada

Le 26 mai 2017

La nécessité d’un leadership inclusif et l’influence canadienne

Monsieur George Furey, Président du Sénat,

Monsieur le Sénateur Serge Joyal, Coordonnateur du Symposium du Sénat sur le 150e anniversaire de la Confédération canadienne,

Distingués sénatrices et sénateurs,

Madame Kim Campbell, première femme à avoir occupé le poste de premier ministre du Canada,

Merci de m’accueillir dans cette enceinte.

C’est un honneur et un privilège de participer à ce Symposium du Sénat commémorant le 150e anniversaire de la Confédération canadienne.

Je salue cette initiative de la Chambre Haute qui honore sa mission institutionnelle en enrichissant la fête d’un moment précieux de réflexion sur l’évolution du pays.

À cet effet, je voudrais souligner la qualité des documents qui ont été proposés aux participants en guise de mise en contexte. Sur chacun des thèmes proposés, nous avons eu des états des lieux fouillés et nuancés qui mettaient autant en lumière les réalisations canadiennes que les défis à relever.

Cette approche est l’expression d’une réalité : celle qu’un pays, même parmi les plus admirés, est forcément et par essence une œuvre inachevée et toujours perfectible.

Je dis cela en connaissance de cause, puisque j’ai ce privilège de voir le Canada dans le regard de mes concitoyens autant que dans le regard des autres.

À la présidence du conseil d’Investissement Québec, je vois nos entreprises et nos institutions qui mettent en œuvre le savoir-faire de chez nous; je vois le Québec et le Canada sous l’angle des atouts et des défis.

À l’Alliance coopérative internationale ou au sein du B20, je vois la perception que le monde a du Canada. C’est un nom qui fait aujourd’hui rêver, mesdames, messieurs.

Alors que le monde se referme, que les tensions s’avivent, que le discours politique se durcit, le Canada est vu plus que jamais comme une terre d’opportunités et de liberté. Dans un monde qui s’est ombragé, le Canada a le lustre de l’ouverture.

Cela nous confère une responsabilité : donner l’exemple sur le plan intérieur, et promouvoir l’espoir et le rapprochement sur la scène mondiale.

Mon propos d’aujourd’hui sur l’égalité entre les femmes et les hommes m’amènera naturellement à parler d’un leadership inclusif. Je m’intéresserai aux progrès que nous avons faits, au chemin qu’il nous reste à franchir et à l’influence que nous avons dans le monde.

An inspiring story

An intuitive sense of times gone by will lead many to say that our society’s progress has naturally led more women to play a greater role in our country’s economic and political life.

The truth is not as linear. History is the dance of time. It involves steps forward and steps backwards, moving in the general direction of progress, at least according to the optimists, of which I am one.

Thus, for example, it is a little known fact that one of the greatest successes of the economic history of Quebec and the rest of Canada was made possible by dozens of women working behind the scenes.

This morning, if you will allow, I would like to take you back in time, because it all started right here, in Ottawa, in the House of Commons.

I would like to take you back to April 6, 1897.

The member for Montréal-Ste-Anne, Michael Quinn, stood to speak. His was an ardent plea in favour of a law against usury.

I quote from the Debates:

We have had cases throughout the country, particularly in the city of Montreal, in which a rate of interest equal almost to 3,000 per cent per annum has been collected. There was one notable case in Montreal within the last few days, in which a man obtained a loan of $150, and was sued for, and was compelled to pay, in interest, the sum of $5,000 for the loan of $150.”

On the floor, one man was deeply disturbed. He was the French stenographer for the House. His name was Alphonse Desjardins.

He transformed his indignation into a mission: to offer affordable credit to his fellow citizens and a democratic lever for economic development to their communities. For three years he corresponded assiduously with the founders of the European cooperative savings and credit movement. On December 6, 1900, in Lévis, he founded the first savings credit union in North America. The Caisse populaire de Lévis is the original bud of the Desjardins Group, today the first financial cooperative group in Canada, with $260 billion in assets, and ranked as the second safest financial institution in the world by Bloomberg.

Part of that story played out right here, in this very room. Alphonse Desjardins had the support of then Prime Minister Wilfrid Laurier and Governor General Lord Albert Grey. But the federal Bill for the creation of savings credit unions died here in the Senate, defeated by one vote.

C’est donc le gouvernement du Québec, du premier ministre Lomer Gouin, qui a permis la création des caisses populaires. Cela explique pourquoi le mouvement financier coopératif a été principalement encadré par les provinces. Cela explique aussi les débuts extrêmement modestes du Mouvement Desjardins. Si Alphonse Desjardins avait la vision, les relations et la connaissance, il n’avait ni le temps ni les moyens de poursuivre son œuvre. Le projet serait mort-né n’eut été de son épouse, Dorimène.

***

Marie-Clara Dorimène Roy-Desjardins voit le jour à Sorel en 1858. Née dans une famille pauvre, elle est envoyée chez la sœur de sa mère à Lévis qui l’élèvera comme sa propre fille. Elle aura la chance de faire des études au Couvent Notre-Dame-de-Toutes-Grâces. À l’aube de la vingtaine, elle rencontre Alphonse Desjardins, qui habite tout près. Il est alors journaliste au quotidien Le Canadien de Québec.

Bien que des notables locaux ont été nommés dirigeants de la Caisse populaire de Lévis suite à sa création, la fonction bénévole ne suscite ni prestige ni enthousiasme. Sans titre ni salaire, Dorimène Desjardins prend donc en charge la gérance effective de la Caisse, pendant les longues absences de son mari, alors que les opérations sont essentiellement menées de la résidence familiale.

Elle sera autorisée à signer au nom du gérant, son mari, tous les reçus; des chèques dont le montant n'excède pas 500 $; elle fait les dépôts des fonds disponibles et consent des avances temporaires aux sociétaires.

Elle contribuera au développement des caisses en étant très impliquée dans la correspondance et la transmission de l’information. Lorsque son mari est frappé par la maladie, en 1915, elle participe aux travaux visant à fédérer les caisses dans un authentique « mouvement Desjardins ». En 1920, au décès de son mari, elle devient un peu la conscience du mouvement et on lui demandera conseil, sur une base régulière.

Voyez d’ailleurs avec quelle autorité elle parlait, en 1924. Elle s’adressait en ces mots à un dénommé Laflamme, président de l’Union des caisses Desjardins de Québec : « Vous parlez d’obstacles nombreux que vous rencontrez dans votre travail pour la continuation et la consolidation des caisses; laissez-moi donc espérer qu’ils ne vous arrêteront pas en chemin et que tout au contraire, vous marcherez ferme et confiant vers le but fixé. »

Ainsi parlait Dorimène Desjardins. À son décès, en 1932, le journal L’Action catholique a dit : « Sans elle, reconnaissons-le, les Caisses populaires Desjardins n’existeraient probablement pas. »

Dorimène Desjardins est désignée « cofondatrice » du Mouvement des caisses Desjardins depuis le milieu des années 70. Le gouvernement canadien l’a aussi reconnue, en 2012, « personnage historique d’importance nationale » … 40 ans après son mari.

Mais elle n’était pas la seule. Rosario Tremblay, qui fut chef de l’inspection de la Fédération des caisses populaires Desjardins de 1924 à 1966, a écrit : « Dans 75 % des cas, les caisses sont nées sous la conduite des femmes. »

Mesdames et messieurs les Sénateurs, je vous propose ce matin de reconnaître le travail de ces femmes d’exception qui, comme bien d’autres héroïnes de l’ombre, ont contribué au succès économique et social de notre pays. Mesdames, vous méritez toute notre reconnaissance!

***

Mon engagement envers un leadership inclusif basé sur l’égalité des hommes et des femmes

Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

Je suis née à Montréal dans une famille modeste. Mes parents tenaient une petite boutique de chaussures. J’ai pleinement bénéficié de tout ce que notre société canadienne avait à offrir à la jeunesse dans ces années d’émergence connues au Québec comme la Révolution tranquille. J’ai étudié la musique et la comptabilité publique, qui sont pour moi deux manières d’atteindre l’harmonie et de conjuguer les efforts.

Lors de mes études en comptabilité, je faisais partie de la minorité visible, puisque nous n’étions pas plus de 10 % de femmes. C’est donc parmi des hommes que j’ai fait mon chemin; certains étaient d’ailleurs de grands Canadiens, qui ont agi pour moi comme des mentors, m’ouvrant les portes de leur réseau et me permettant de bâtir ma confiance. Je leur en suis très reconnaissante.

Comme tant d’autres femmes, j’ai vu se dessiner devant moi l’escalier de l’avancement professionnel… et son plafond de verre, celui qui permet à beaucoup d’entre nous de voir la plus haute marche, mais trop peu souvent, encore aujourd’hui, de l’atteindre.

Au fil du temps, j’ai pu observer ces biais culturels, souvent inconscients de nos organisations, qui compliquent l’ascension des femmes vers les cercles de décision. Mais j’ai aussi été témoin des progrès qui pouvaient être faits et de la puissance du mouvement de changement que pouvaient insuffler des équipes et des leaders qui croyaient à l’équité dans la décision.

Et cela m’a beaucoup inspirée.

***

I had the privilege during my career of being elected to the presidency of the Desjardins Group for two four-year terms between 2008 and 2016, which gave me the opportunity to follow, ever so humbly, in the footsteps of Dorimène Desjardins. I was the first woman to chair a major financial institution in Canada, and I thank the 50,000 employees and 5,000 elected executives of Desjardins who granted me the privilege of their trust.

During that time, as major changes occurred with the eruption of the financial crisis, the Desjardins Group surged ahead.

By conviction as much as by nature, I led based on four principles: inclusion, democracy, transparency and rigour. The outcome of these principles was that Desjardins’ success through those turbulent years drew upon the full measure of all of its talents residing in both its women and men. We reviewed our compensation practices, as well as our hiring, appointment, training and guidance practices for our up-an-coming leaders so that they would be free of any unconscious bias that could thwart the progress of women.

By experience, I knew that the presence of women in management positions did not happen by itself, not yet, and that it would take concerted action to imprint a movement with parity. Wishing for diversity simply will not do the trick, any more than will wishing for nice weather. It takes strong measures, and firm commitment.

In April 2013, at the Desjardins policy conference for leaders, all of the delegates present voted overwhelmingly (92%) for commitment to achieving a male/female balance on the boards of directors of Desjardins’ branches that reflected their membership. It was a clear commitment, one that positioned Desjardins as a leader. This was not the final solution, but the message was out, and it resonated throughout the financial sector.[1]

It is not insignificant that this call to parity was launched by a cooperative organization. The cooperative movement has been a leader worldwide in promoting the equality of men and women. In fact, Canada’s cooperative movement has several women among its top executives.

The International Cooperative Alliance, which I chair, is fully committed to the UN’s 50-50 initiative. And that is a voice that carries. The cooperative and mutual movement represents a wave of one billion people strong in more than 100 countries, and brings together businesses with combined sales of $3,000 billion. This means that if cooperation were a country, it would be the world’s 10th major economic power.

To illustrate leadership in equality in the cooperative movement, I will give you a recent figure provided by the International Cooperative and Mutual Insurance Federation. In 2015, worldwide, 48% of insurance cooperatives and mutuals had at least 3 women on their board of directors, compared to 17% in the industry as a whole.[2]

And it is important to point out that such a significant presence by women in decision-making echelons in cooperative and mutual businesses was not at the cost of performance, on the contrary. Cooperatives are the business model with the strongest stride on the world runway.

The message needs to get out there. Big business has to commit. The companies listed on the stock market have to make commitments to their shareholders. Public and government institutions have to set the example. Norms spawned from precedent tend to repeat themselves. It is time to create precedents and repeat them.

Parmi les fonctions que j’occupe, j’assume la présidence du conseil d’administration d’Investissement Québec qui est le premier bras de l’action économique du gouvernement du Québec. Notre conseil d’administration est paritaire, comme celui des 22 sociétés d’État du gouvernement du Québec. Le point 2 de l’article 43 de la Loi sur la gouvernance des sociétés d’État est sans ambiguïté :

« que les conseils d’administration soient, pour l’ensemble des sociétés, constitués à parts égales de femmes et d’hommes à compter du 14 décembre 2011[3]. »

En 2007, le gouvernement du Québec a formé le premier conseil des ministres paritaire. Le premier ministre Trudeau a fait de même en 2015.

De son côté, le gouvernement de l’Ontario, vient de fixer des cibles. Il vise au moins 40 % de femmes sur les conseils d’administration des organismes gouvernementaux d’ici 2019; et il dit aux entreprises qu’elles ont 3 à 5 ans pour avoir au moins 30 % d’administratrices sur leur conseil.[4] Et si les objectifs ne sont pas atteints, a dit la première ministre Wynne, le gouvernement envisagerait de légiférer.

Ce sont des gestes qui comptent. Ce sont surtout des gestes qui ont un effet de levier et d’entrainement auprès des entreprises et des institutions par la reconnaissance de nouveaux talents et par l’influence positive sur l’écosystème social, économique et politique.

***

Un enjeu de justice et de prospérité

On a tendance à voir la question de la parité hommes-femmes comme un enjeu de justice. C’est clairement le cas. Sur le strict plan des principes démocratiques, il devrait aller de soi que la moitié de la population exerce la moitié de l’influence sur la conduite de nos entreprises et de nos institutions.

Mais on n’y est pas encore. Actuellement au Canada, selon la firme Catalyst, les femmes occupent 37 % des postes dits de middle management dans les entreprises et seulement 18 % des postes de haute direction. Nous avons une proportion étrangement semblable au niveau politique. À Québec comme à Ottawa, nos parlements comptent environ 30 % de femmes d’une élection à l’autre. Au niveau municipal, au Québec, c’est la même chose. Les femmes sont 30 % des élus municipaux, mais on compte seulement 17,3 % de mairesses[5].

Mais il y a toute cette autre dimension dont on parle trop peu. Et c’est le prix à payer pour cette sous-participation des femmes.

Aujourd’hui au Canada, une femme touchera en moyenne 81 dollars pour une tâche qui rapportera 100 dollars à son collègue masculin; c’est 2 dollars de moins que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Selon PWC, combler l’écart de revenus entre les femmes et les hommes ajouterait 92 milliards de dollars au PIB du Canada[6].

Mais plus encore que ces milliards qui n’irriguent pas notre économie, c’est toute cette intelligence dont on se prive, qui a elle aussi une immense valeur.

Dans une étude datant de 2012, la firme Catalyst a démontré que les entreprises qui avaient des femmes dans leur direction avaient de meilleurs résultats. On peut lire que « les sociétés figurant au classement Fortune 500 qui comptaient les plus hauts pourcentages d’administratrices au sein de leur conseil ont enregistré un rendement des capitaux propres 53 % plus élevé que les autres. »

Je réfère ici encore, à ma propre expérience. Je peux témoigner de la force des équipes mixtes. Combien de fois ai-je vu des hommes audacieux souhaiter un mouvement rapide? Combien de fois ai-je vu des femmes prudentes proposer une action à plus long terme? Elle est là, la fertilité de la mixité, dans la combinaison des points de vue. On touche ici à certains stéréotypes, direz-vous, mais ils ne sont pas dénués de tout fondement. Une entreprise est une organisation humaine qui cherche à répondre à des besoins humains; elle prendra de meilleures décisions si le processus qui y mène est imprégné de la dualité des genres.

En cela, l’égalité à laquelle nous aspirons tous n’est pas une négation, mais une valorisation de la différence et des perspectives.

Dans une série d’études lancées il y a 10 ans sous le thème Women Matter, le McKinsey Global Institute établit lui aussi une relation entre la performance des entreprises et la présence de femmes aux échelons décisionnels. Mais l’organisme ajoute une précision intéressante. La présence de femmes s’avère payante pour une entreprise à partir d’un certain seuil; il faut au moins 3 femmes dans une équipe de direction de 10 personnes pour tirer les bénéfices de la mixité.Chez nous, par ailleurs, comme dans la plupart des pays développés, la présence des femmes dans les échelons décisionnels des organisations n’a pas suivi la même courbe que la présence des femmes dans les facultés universitaires. Si tel était le cas, le Canada, comme l’ensemble des pays de l’OCDE, serait dirigé par des femmes.

Il y a une composante sociale à cette inadéquation dans les courbes d’influence. C’est-à-dire que les femmes sont moins dominantes en nombre dans les domaines d’étude réputés comme produisant le plus de hauts dirigeants, comme les programmes de MBA et de génie. Mais ce n’est qu’une petite partie de la réponse.

Nous avons ici parmi nous des femmes extraordinaires. Mme Kim Campbell, première femme à avoir été première ministre du Canada. Mme la sénatrice Chantal Petitclerc, l’une des plus grandes athlètes de l’histoire canadienne. Mme la sénatrice Joan Fraser, icône du journalisme canadien.

Tant de femmes ont marqué l’histoire récente de ce pays. Julie Payette, Kathleen Wynne, Céline Dion, Heather Munroe-Blum, Louise Arbour, Lynda Hasenfratz, Michaëlle Jean, Huguette Labelle, Beverly McLachlin...

Dans tous les domaines, des femmes ont défriché les chemins vers le sommet, constituant ainsi des modèles inspirants pour les générations montantes. Mais cette abondance de modèles et les gestes parfois symboliques, parfois législatifs qui ont été posés n’ont pas encore suffi à combler les écarts en termes de rémunération ou d’influence économique et politique. C’est dire que malgré les progrès réels, il demeure quelques plis dans le tissu canadien.

Ainsi, ceux qui croient que le laisser-faire est le mieux à faire, que le mouvement vers la pleine égalité des opportunités va s’accomplir de lui-même, devraient considérer ceci : dans une étude toute récente, Getting to Equal 2017, la firme Accenture conclut que si on ne touche à rien, et qu’on laisse agir les bons sentiments, l’écart de revenus entre femmes et hommes dans les pays développés sera comblé en… 2 168.

Mais la même étude conclut que si l’on intervient auprès des jeunes femmes, notamment en encourageant chez elles la maîtrise des mathématiques et des sciences, celle des technologies numériques qui les séduisent moins que les garçons et si on leur apprend également à gérer leur cheminement professionnel comme un projet de vie, ce que les garçons font plus intuitivement, le gender gap pourrait être refermé en 10 ans.

***

Acting with determination

The great Montreal poet, Leonard Cohen wrote: “There is a crack in everything, that’s how the light gets in.”

We are at that point where the model is cracking, and the path to full equal opportunity is becoming visible.

But the hand of history has to be forced, because it takes too long to write itself.

As legislators, you have a part to play. As influencers, you carry weight. Every leader in this country, in every company, has the capacity to change things.

At a governmental or institutional level, you have some very tangible options. You can make Crown corporations and agencies reporting to the federal government set clear objectives to achieve gender parity at their decision-making levels.

You can also place pressure on market regulation organizations to have them enforce the commitment of companies to gender parity. In the fall of 2014, securities regulators in Manitoba, New Brunswick, Nova Scotia, Nunavut, Ontario, Quebec, Saskatchewan, Newfoundland and Labrador and the Northwest Territories passed regulations to release information about the number of women serving on the boards of listed companies.[7]

That is a small step, but we are still far from a firm commitment. Government and regulatory institutions play a pivotal role, which they must fulfill. You must not fail in your duty to set the example and exert your influence.

Business leaders also have responsibilities. They must realize that the long-term success of their business is in part linked to the presence of women in management teams. The complexity of today’s issues needs every available intelligent mind it can muster.

Studies have unanimously demonstrated that in order to bring about change, three specific conditions must be met.

Premièrement, il faut un engagement ferme au plus haut échelon décisionnel; l’augmentation de la représentation des femmes dans les postes de direction doit être portée par la présidence d’une entreprise et le conseil d’administration.

Deuxièmement, il faut un plan clair, avec des objectifs chiffrés qui s’inscrit dans la durée, trois ans, cinq ans, dix ans, adapté à la réalité de chaque entreprise avec un processus de reddition de compte pour mesurer les progrès et apporter des ajustements au besoin.

Troisièmement, toutes les politiques de ressources humaines de l’entreprise doivent intégrer cette priorité, de l’embauche, à l’entonnoir de talents, à l’accompagnement des leaders en ascension et jusqu’à l’attribution des postes de direction.

Dans cette marche vers la pleine égalité des opportunités, vers l’égalité dans les cercles décisionnels, les femmes aussi ont des responsabilités. Elles doivent mettre leur nom au tableau. Elles doivent s’engager dans leur carrière et bâtir cette confiance qui demeure plus spontanée chez les hommes.

Il faut donc s’y mettre nous tous. Femmes et hommes. Il faut en faire une cause commune. Leaders politiques de tous les niveaux, gens d’affaires, milieu de l’éducation, organisations sociales et communautaires. Il faut se dire que nous avons tous à gagner. C’est une question de justice, à n’en point douter. C’est surtout un enjeu économique aux retombées extrêmement importantes, il faut s’en rendre compte. C’est aussi une nécessité en regard de l’importance des défis qui sont devant nous.

Nous sommes à un moment charnière de l’histoire. Nous sommes devant un entremêlement de changements fondamentaux et rapides qui redessinent sous nos yeux nos villes, le pays et le monde.

Une mission pour le Canada

Y a-t-il meilleure cause commune que nous pouvons embrasser que la pleine égalité des hommes et des femmes? Y-a-t-il meilleur exemple que nous pouvons donner au monde qu’un leadership véritablement inclusif? Y-a-t-il meilleure manière d’honorer notre réputation sur la scène internationale que de devenir un phare de la parité?

Et pourquoi ne pas porter cette cause sur la scène mondiale? L’impact pourrait être transformateur.

Si dans chaque pays du monde, les femmes occupaient une place équivalente à celle des meilleurs pays de leur région, le PIB mondial gonflerait de 12 trillions de dollars d’ici 2025. Et si, mieux encore, les femmes jouaient un rôle carrément identique à celui des hommes, c’est 28 trillions de dollars qui seraient ajoutés à l’économie planétaire, soit autant que le PIB de la Chine et des États-Unis réunis. [8]

Imaginez le boum économique, mais aussi l’impact social. Car la relation est directe : la précarité économique des femmes est associée à toutes les formes de vulnérabilité : injustice systémique, violence, pauvreté des enfants. C’est le nœud des plus graves problématiques sociales.

Le Canada a toujours été un pays d’influence dans le monde. Nous avons combattu la tyrannie dans les grands conflits internationaux. Nous avons séparé des combattants, imposé la paix, dénoué des tensions. Nous avons promu la justice, dénoncé la barbarie, soulagé la détresse.

Le Canada a une grande tradition diplomatique qui va bien au-delà de son importance démographique ou économique. Le Canada touche à la conscience du monde. Et ce monde, aujourd’hui en perte de nuance, en proie aux braquages idéologiques et au repli a besoin d’une voix forte de progrès comme celle du Canada.

Dans le contexte actuel, notre ouverture et notre générosité nous démarquent. Mais nous pouvons faire plus que représenter la justice et l’ouverture. Nous pouvons faire plus qu’ouvrir nos bras. Nous pouvons militer activement pour la dignité humaine et affirmer le caractère universel de l’égalité des femmes et des hommes et du leadership inclusif.

Aucun pays n’est mieux placé que le Canada pour faire la promotion à l’échelle mondiale d’une plus grande égalité et d’en faire la voie de passage vers un monde plus pacifique et plus prospère.

Nul enjeu, nul enjeu, ne peut mieux symboliser le progrès humain et la foi en l’avenir que la pleine participation généreuse et engagée des femmes et des hommes à la conduite des institutions et des entreprises d’un pays.

Voilà le plaidoyer que pourrait faire un pays admiré comme le Canada.

Voilà la mission que pourrait se donner le Canada à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération :

Être pour le monde l’ardent promoteur de l’égalité entre les femmes et les hommes et d’un leadership inclusif afin de bâtir ensemble un monde meilleur!


[1] http://www.newswire.ca/news-releases/desjardins-vise-la-parite-hommes-femmes-au-sein-des-conseils-dadministration-des-caisses-512226951.html

[2] https://www.icmif.org/publications/members-governance/icmif-members-governance-2016

[3] http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/G-1.02

[4] https://www.theglobeandmail.com/news/politics/ontario-wants-at-least-40-per-cent-women-on-provincial-boards-by2019/article30327193/

[5] https://umq.qc.ca/publication/campagne-ca-prend-femmes-de-lumq/

[6] http://www.newswire.ca/news-releases/gender-parity-improves-profitability-workplace-culture-and-benefits-the-economy-at-large---pwc-report-597489321.html

[7] http://www.osc.gov.on.ca/en/NewsEvents_nr_20141015_csa-regarding-disclosure-of-women.htm

[8] http://www.mckinsey.com/global-themes/employment-and-growth/how-advancing-womens-equality-can-add-12-trillion-to-global-growth


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